Considérer l’écriture – ou toute production intellectuelle ou artistique – comme une nourriture de l’esprit est un stéréotype assez vieux pour qu’on n’ait pas la peine de s’attarder dessus. Un cliché qui concerne même la langue ; quand Joachim Du Bellay écrit son Deffence et Illustration de la langue francoyse en 1549, manifeste visant à encourager les écrivains à utiliser la langue française, dans cette optique, Du Bellay, en bon représentant de la Renaissance, prône une imitation des auteurs grecs et latins, et use déjà de la métaphore culinaire ; dévorer les auteurs latins & grecs, les digérer, puis… non, il ne file pas la métaphore jusque-là, il parle de les convertir en nourriture…

« immitant les meilleurs aucteurs Grecz, se transformant en eux, les devorant, & apres les avoir bien digerez, les convertissant en sang et nouriture… » [1]

Dans le prolongement de cette tradition, celle de la métaphore culinaire, en l’alliant à des préoccupations actuelles, à savoir le circuit-court, l’agriculture bio’, sans pesticide, une agriculture qui rétribuerait au mieux les producteur·ices, celles et ceux qui sont à la base même de ces productions agricoles, ainsi pourrions-nous parler de littérature bio’ [2]

Hier un·e twittos reprenant l’éreintage que nous avons fait du Voyant D’Étampes d’Abel Quentinsignalait qu’il avait fait partie du goncourt [3]des lycéen·nes, que « 6 exemplaires du livre [se trouvent] au CDI. Aucun élève ne l’a vraiment lu, personne ne s’en souviendra l’an prochain et probablement aucun élève n’aura jamais envie de le lire. Activité papier-maché en perspective. »

Je vous invite à lire l’ensemble du fil :

Ce roman était au Goncourt, et du coup on l’a eu pour le Goncourt des lycéens. C’était bien nul. On peut remarquer que Beigbeder l’apprécie. C’est probablement que le moralisme ne l’ennui que quand il critique ses amis pédophiles… https://t.co/0yruk45OXN

— Limonadologie (@Limonadologie) March 16, 2022

« Activité papier-maché » ; je ne l’aurais pas mieux formulé. Et si pour les CDI, comme pour les cantines, et si pou les bibliothèques, comme pour nombre de cantines municipales, on privilégiait la littérature bio’, pas seulement celle promue dans et par le circuit médiatique de la valorisation de la valeur… un pas, un premier pas vers de la diversité du livre.

Posted by:Ahmed Slama

Ahmed Slama est écrivain (Remembrances, 2017 ; Orance, 2018) et développe une activité de critique offensive, par des textes et des vidéos, qu'il diffuse principalement sur le site litteralutte.com. A publié, entre autres, Marche-Fontière aux éditions Les presses du réel, collection Al Dante, à commander pour soutenir l'auteur, sa chaîne et le site Littéralutte. À lire la revue de presse de Marche-Frontière.

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