Chair à travail

« Chair à travail » fiction en cours de finalisation, revient dans et par l’écriture d’un journal sur la centralité donnée au travail dans l’existence, au travers du parcours d’un immigré fraîchement « régularisé ».

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C.I.R(er des pompes)

Ça se confirme, finies les histoires de sans-papiers. D’autres s’ouvrent au son de l’enveloppe décachetée. Un papier, une liasse plutôt : Contrat d’Intégration Républicaine. À signer si tu la veux ta régularisation, en quoi ça consiste ? Tout tient dans l’acronyme, C.I.R – cirer des pompes. Celles du pouvoir qui t’a accordé le sésame. En gros, tu passeras quelques jours le cul collé à une chaise, tu subiras le laïus des agent·e·s de l’office de l’immigration. On t’expliquera, par le menu, comment vivre dans un pays où t’as baroudé ces dix dernières années. On t’inculquera les valeurs de la république française. Longtemps, t’as été indésirable sans-papier – ta force de travail achetée pour moins que rien. Maintenant que t’as des attaches familiales en France qui font qu’on est dans l’obligation de te régulariser et d’exploiter désormais légalement ta force de travail ; faut te travailler au corps, te polir, t’attendrir la couenne, que tu deviennes citoyen modèle. Intégré aux rouages de l’organisation sociale. T’en passeras par les expert·e·s de la réinsertion qui te trouveront une utilité quelconque. Qui t’expliqueront comment accéder à l’emploi. Comment te vendre au mieux, toi la chair à travail, aux employeurs. À peine sorti de la préfecture, c’est le tiercé – dans le désordre – que je décroche : travail, famille, patrie.