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TU ME MANQUES

vendredi 19 mars 2021, par Ahmed Slama

À écouter :

00:00 / 3:30

Ce manque, le manque de café, pas ce café qui va venir là, que la cafetière italienne va recracher dans un long gargouillis d’ici quelques secondes alors que je pianote ces mots, non, je dis café par métonymie, je pointe la partie pour ramener au tout, je parle de la tasse et son liquide pour évoquer toute l’atmosphère, les chaises et la table, la terrasse, les gens autour, mais, plus important, c’est d’espace que je parle ! Compartimenter les espaces.

À l’appart’ entre les murs et les livres, c’était l’écrit (qu’on va qualifier rapidement de) critique ; le dehors pour… la créa’ [1] se foutre devant l’écran et y aller au niveau du rythme du clavier, avec le café bien sûr, je veux dire le liquide en lui-même contenu dans la tasse qu’on te sert, c’est la loterie, nappé de sa p’tite mousse brunâtre, il est parfois infect, souvent corsé, jamais subtil et fruité, pas d’importance, parce que ce qui compte c’est pas tant le liquide que tu lapes ou la tasse – souvent ébréchée, oui, je traînais dans des rades pourris – ou encore la bûchette de sucre-blanc-industriel ou encore l’absence de Spéculoos ou de carré de chocolat qui se fait sentir dans les bistrots et cafés de l’Île de France – ce paradoxe, payer plus cher, par rapport au reste de la France, pour moins. Non c’est pas tant le liquide qui est payé en liquide (oui, je sais, elle est facile, mais irrésistible) que le temps passé et l’espace occupé, une sorte d’hygiène – je veux pas parler de discipline – se tenir, se maintenir en forme, dès le matin, de préférence tôt, le plus tôt possible, dès l’ouverture des bistrots, ça pourrait se rapprocher de la pratique du sport [2], l’entraînement, s’entraîner dans et par ces phrases enchaînées, tapotées, au jour le jour, délier ses doigts et ses mots. Assigner un espace pour ça, l’autre pour ça. La séparation, spatiale est tombée depuis quelques temps maintenant pour les raisons que l’on connaît. Me r’trouve alors, depuis un an maintenant, sans forcément m’en rendre compte, à faire soit l’un, soit l’autre, la mouvance entre les deux est devenu plus ardue…

… bon je voulais pas y venir, je croyais pouvoir le noyer, le sujet, sous un flot ininterrompu de considérations tout à fait inutiles (futiles ?) voulais pas que ça soit qu’une complainte – remarque c’est beau la complainte ! toujours mieux que la plainte, paradoxalement moins con – mais là, on est à la fin, ça doit sortir, le plus sobrement possible :

CAFÉ DU MATIN, TU ME MANQUES !


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[1Gros problèmes que me pose cette distinction, déjà le qualificatif critique recoupe grosso modo l’activité, on va dire que de la chronique et de la recension de livres (plus ou moins récents) on peut appeler ça de la critique... mais l’autre pan, comment le qualifier, écriture de fiction ? Oui et non. Y en a de la fiction, dans ce que j’écris – parfois même ici dans le journal – mais ça prend racine sur du quotidien (pas pour rien que la Rubrique s’appelle ainsi) y a tentative de restitution, dans et par l’écrit, à partir de là, pas trouvé d’autre mot que création, créa’ assez à la mode faut dire le terme – peut-on parler de concept ? –, pour l’instant, il me va.

[2La concurrence en moins, pour moi du moins, parce qu’elle existe, dans ce champ, comme partout ailleurs

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