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Biographie de lecteur 4 : Influence de l’absent

vendredi 20 novembre 2020, par Ahmed Slama

Parcourant dans et par l’écriture ce chemin de la lecture, de mes lectures, relisant justement ce que j’ai écrit – plus ou moins – récemment, je m’aperçois que je n’ai fait aucune mention d’un certain type de livres que j’ai lus pour ne pas dire dévorés – reprenant ainsi cette métaphore (partout usitée) rapprochant lecture et nourriture. Ces livres qui se lisaient avec crayon-gomme et paire de dès, parfois simplement du premier puisque les faces des dès se trouvaient imprimées aux pied des pages des livres ; pratique lorsqu’on voyage – surtout dans les conditions « algériennes », autocars antiques et tout cahotants – suffit de tourner les pages au hasard, et ça fait un roulement de dès paperassier.

Amateurs et amatrices de jeux-de-rôles auront sûrement déjà deviné quel type de livre j’évoque ici : les livres-jeu, livres-jeu-de-rôle. Une collection en particulier : Les livres dont VOUS êtes le héros.

Mon omission m’interroge. Pourquoi ne pas les avoir évoqués plus tôt ? Comme si ces livres, qui ont bercé une grande partie de mon enfance et de mon adolescence, ne pouvaient être considérés comme relevant de la littérature. Pourtant, encore aujourd’hui j’en ai des souvenirs précis, Steve Jackson, bien sûr, et son classique Le sorcier de la montagne de feu, la série des Loup solitaire ou encore Les chroniques Crétoises qui reprenaient de manière assez érudite les atmosphères de l’Odyssée ou de l’Iliade.

(Ça en faisait des heures de jeu-lecture, le temps d’une bonne centaine de pages, on devient personnage de papier, on fait corps avec les pages lues. Cette impression – toute relative – de maîtriser son sort. On obéit à l’enchaînement non-linéaire des paragraphes. Selon votre choix – prendre à gauche ou droite – vous reporter à tel ou tel numéro de chapitre. Et parfois, dans ces instants tout empreints de tension – où l’on fait face à un piège, un ennemi redoutable – cette angoisse en allant voir du côté du paragraphe nouveau, on se surprend à scruter la dernière ligne du paragraphe, est-ce la fin ? La mort ? Est-on mort, écrasé ou tué ? Et cette satisfaction de résoudre les énigmes, les unes après les autres, d’arriver au paragraphe final.)

L’ensemble de ces livres que j’ai évoqués au cours de cette biographie de lecteur provenait quasi-exclusivement de notre bibliothèque familiale. Jusqu’à l’Université, je crois me souvenir n’avoir jamais acheté de livre – ce qui était dû, en grande partie, à la situation politique ; aux abords de la décennie 90, celle de la guerre intérieure ou de la sale guerre que la répression politique algérienne appelle par euphémisme la tragédie nationale ce qui ; convenons-en, ne veut pas dire grand-chose. À cela il faut ajouter la situation économique des parents, tous deux fonctionnaires, en ces temps où le pouvoir algérien troquait sa façade vaguement socialiste contre une nouvelle, néo-libérale. Adoptant dès lors la rhétorique et la politique de la libre entreprise déjà dévastatrice, mâtinée, dans le système algérien, de corruptions et de rétrocommission, avec une inflation en constante progression accompagnée d’un gel des salaires. Pas d’autres solutions que de se tourner vers ce fond quasi inépuisable dont nous disposions, mais d’où venait-il exactement ? Ces magazines Pif que je n’ai pas mentionné, pour les mêmes raisons, peut-être, qui m’ont fait oublier la lecture des Livres dont VOUS êtes le héros. Ces Pif magazines lus en décalage absolu avec l’époque de le temps de leur publication.

D’où venaient ces livres ?

Si vous pensez qu’ils se trouvaient là avant même que les parents n’emménagent dans l’appartement, reportez-vous à ce texte.

Si vous croyez deviner là l’influence d’un proche de la famille alors suivez ce chemin.

Si, en fin·e limier ou limière *, vous soupçonnez qu’il s’agit simplement d’achats effectués par la famille en des temps économiques plus cléments,c’est par ici.

* Osons le néologisme, pourquoi pas ?

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